2 - Campagnes BAUDOT

Le 11 mai 1836, la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or ordonne les premières fouilles aux sources de la Seine. M. Chaussier-Morizot prend la direction et la surveillance de la campagne. Henri Baudot, préside alors la dite Commission. Un comité est nommé pour l'exécution et le suivi des fouilles. Il était composé de MM. Chaussier-Morizot, Baudot, Sagot, Benoît, Champême et plus tard, MM. Garnier, de Saint-Mémin et Rossignol.

Extrait du rapport de fouilles de M. Baudot - 1842

La Commission, comme l'explique Henri Baudot dans son rapport de 1842, décide d'entreprendre des fouilles en ce lieu pour trois raisons principales.

Tout d'abord, il est rapporté aux membres de la Commission la découverte en 1763 à Blessey, village à deux kilomètres des sources de la Seine, d'une galère en bronze de 66 centimètres de long par 11 centimètres de large, portant deux rameurs à tête nue et chauve ainsi que trois trous sur le pont indiquant l'emplacement de trois autres rameurs. L'abbé Richard de Chanceaux, écrit alors que d'autres objets avaient été découverts avec la galère. « Qu'y ayant eu, écrit-il, même avant les conquêtes de César, une navigation établie sur le fleuve, et des navigateurs connus depuis sous le nom de nautoe parisiaci, il pouvait fort bien se faire que la petite galère ait été un ex-voto envoyé par un marchand gaulois, et placé dans le temple du Dieu dont il crut avoir reçu quelque grâce. » Mais hélas, comme le précise Henri Baudot, l'abbé Richard ne définit pas le lieu où il suppose que le temple fut élevé.

Galère en bronze découverte à Blessey

La seconde motivation fut sûrement la découverte en 1787, à proximité directe des sources de la Seine, d'un « très grand trident en fer, qui tomba malheureusement entre les mains d'un maréchal de Saint-Germain. »

Enfin, la troisième découverte date de 1822. Le maire de Billy-les-Chanceaux décida de faire démolir une petite chapelle construite à la source de Billy. Il trouva dans les fondations de l'édifice « quelques débris de poterie romaine, deux médailles en bronze d'Aurélien et la main droite d'une statue en pierre blanche tenant une tête de dauphin. » Le correspondant local de la Commission pensa alors avoir trouvé le lieu du temple décrit par l'abbé Richard, mais la Commission ne retint pas cette option car « basée particulièrement sur le peu d'importance des premières sources. » Henri Baudot explique alors qu'il « fallait se reporter aux temps antiques, et rétablir par la pensée la nature et la position des lieux. C'est ce qu'a fait la Commission avant de décider que des recherches seraient faites aux premières sources. » Dans des temps plus modernes, une étude fut menée pour montrer que l'eau de la source de Billy venait effectivement des sources de la Seine.

 

Carte postale de l'exposition des découvertes de M. Baudot - Collection Renaut-Hoareau

La première ouverture de fouilles aux sources de la Seine fut menée au nord du vallon, à la lisière du bois. A environ cinquante centimètres de profondeur, les chercheurs trouvèrent les premières fondations du temple « dont l'importance fut bientôt révélée par les nombreux objets recueillis. » Ces fondations forment un quadrilatère de 57 mètres de longueur dont la façade principale est exposée « vers l'Orient. » Henri Baudot cite Pline pour l'analogie des descriptions entre les sources de la Seine et le temple élevé à Clitomne, fleuve d'Ombrie, ancienne province romaine : « A la source de ce fleuve est un temple ancien et fort respecté. Clitomne est là, et habillé à la romaine ; les sorts marquent la présence et le pouvoir de la divinité. Il y a à l'entour plusieurs petites chapelles, dont quelques-unes ont des fontaines et des sources. »

Plusieurs centaines d'ex-voto furent trouvés lors de cette campagne. Certains portaient des inscriptions qui permirent à Henri Baudot de définir ses découvertes comme celles faites au temple de la déesse SEQUANA. Il remarque également la très grande qualité de fabrication et de dessin des différents débris du temple, colonnes, chapiteaux. « Ces faibles débris du monument lui-même suffisent déjà pour constater sa grandeur, la magnificence de son architecture extérieure, et la splendeur de sa décoration intérieure. »

plaquette d'yeux en bronze - Musée archéologique de Dijon

Il date le temple des sources de la Seine à l'époque Gallo-romaine. Il avance ainsi plusieurs arguments. Tout d'abord, il explique que la qualité des ex-voto ne peut venir des peuples gaulois. C'est seulement avec l'invasion romaine que le peuple gaulois adopta une représentation plus humaine, contradictoire avec les menhirs, dolmens et autres pratiques mystérieuses et sans image des druides. Ensuite, des monnaies dont la plus ancienne est celle de l'empereur Auguste, 30 avant J.-C., époque où les gaulois adoptèrent les pratiques et les moeurs des romains, furent trouvées sur le site.

Henri Baudot estime la destruction du temple à la deuxième moitié du IVè siècle après J.-C., d'abord grâce aux monnaies, celle de l'empereur Magnus-Maximus mais surtout à cause de la christianisation de la société de l'époque. Il pense également que le sanctuaire fut détruit par le feu grâce « aux nombreuses et irrévocables preuves : les charbons mêlés aux décombres, un lacrymatoire dont le verre porte des traces de fusion, et particulièrement encore une masse de vingt kilogrammes de plomb fondu trouvée dans l'intérieur du temple. »

 

Vous pouvez lire le rapport d'Henri BAUDOT grâce à ce lien : http://books.google.fr/books?id=G50OAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=henri+baudot+seine&source=bl&ots=XU0TCuag29&sig=sWFbpgyWDSR1dCUluh4wn5YgMQo&hl=fr&sa=X&ei=noAWUNyEDaKp0QW-_oEQ&ved=0CDMQ6AEwAA#v=onepage&q=henri%20baudot%20seine&f=false